1000 masques en liberté au Tribunal de Limoux

Retrouver le très bel article de Pierre Mathieu/La Dépêche du Midi du 22 janvier 2017 http://www.ladepeche.fr/article/2017/01/22/2501755-mille-masques-en-liberte-au-tribunal-de-limoux.html#form_send_to_friend

Mille masques en liberté au tribunal de Limoux

Fêtes et festivals

Mille masques en liberté au tribunal de Limoux
Mille masques en liberté au tribunal de Limoux

“Rue du palais, en haut du perron de pierre, la haute porte intimide et l’entrée dans la salle des pas perdus impressionne : perchés sur leur tige de fer, dix masques de bois vous jugent de leurs yeux vides. Bienvenue au tribunal de Limoux, conservé dans son jus depuis le départ de la juridiction, décidé en 2007.

La salle d’audience avec ses bancs du public, son estrade de cour, et même la barre où les justiciables venaient marmonner leur nom, prénom, âge et qualité, est gardée depuis cette semaine par une escouade de fécos. Ce sont les Meuniers, Arcadiens, Blanquetiers, Femnas et autres figures de l’ancestral carnaval, qui démarre officiellement ce dimanche sous les arcades de la sous-préfecture audoise (lire ci-dessous).

Sur les bancs, trois brochettes de masques, des goudils, remplacent le public des audiences, dans une salle où les conflits sociaux (Myrys, La Chausseria) ont provoqué par le passé de sacrés charivaris.

Dragons et guerriers

Perruquées et chapeautées, les bouilles présentées aujourd’hui étaient conservées par Emile Taillefer. Robuste traiteur de son état, ce collectionneur avait une légèreté de ballerine lorsqu’il défilait avec la bande des Arcadiens.

Directeur artistique de la belle bâtisse inaugurée hier sous le nom d’Institut des Arts du Masque, Guillaume Lagnel rendhommage à Emile Taillefer dans l’une des premières expositions de l’établissement.

«Le carnaval de Limoux, c’est la grâce, la tradition, l’oralité» dit ce metteur en scène et en espace, «les habitants le portent en eux, par le grand-père jusqu’au petit-fils depuis des siècles, et ce qui est remarquable, c’est que ces acteurs déposent leur ego en enfilant un masque

Fondateur de l’Arche de Noé, compagnie théâtrale inspirée par l’art et les croyances («Les sabots de grêle», «L’an Mil», «La maison du sourd»), Guillaume Lagnel a accumulé en près de 50 ans des centaines de masques, dragons, guerriers, animaux fantastiques… «entre 930 et 1020», évalue-t-il dans un sourire, comme si cette famille de papier mâché et de matériau composite (le Plastemper) ne lui pesait pas.

Encore faut-il lui trouver un toit et c’est donc à Limoux, à égale distance de Toulouse et Perpignan, ses anciens ports d’attache, que le metteur en scène réunit la nouvelle arche de sa compagnie.

La “Lune de Terre” à grande face blanche a trouvé sa place dans le patio, des échassiers pointent le bec dans un placard, les têtes des Sabots de grêle accueillent les visiteurs, combien d’autres dorment dans les grands cartons qui ont remplacé les dossiers du tribunal de commerce ?

Autour d’un ours dans sa grotte, quatre personnes s’affairent dans la deuxième salle d’audience. Ils sont arrivés la veille de Roumanie, dans un minibus plein d’anciens masques funéraires. Même à propos de la mort, le masque est un art vivant.

1ère sortie

C’est ce dimanche que le plus long carnaval du monde animera le cœur de Limoux par la première sortie de la bande des Meuniers (11h, 16 h 30 et 22h). Tous les week-ends jusqu’au 2 avril, et durant toute la dernière semaine de mars, les défilés plein de grâce et les rassemblements de foules sont des rendez-vous immanquables pour les Limouxins et leurs visiteurs.

Remontant jusqu’au XVe siècle, la tradition carnavalesque compose avec les aléas de son temps (plan vigipirate), mais rien n’empêchera la trentaine de bandes à sortir leurs nouvelles figures. Hier matin, l’Institut des arts du masque a été inauguré dans l’ancien tribunal, constituant une nouvelle étape (chauffée !) pour les festaïres.

Institut des arts du masque, rue du Palais à Limoux, ouvert tous les week-ends

Nounours dans sa grotte

2 500 kilomètres, trois jours de route et la crainte de se faire voler des trésors du patrimoine durant la nuit… Paula, Aurelia, Paul sont venus de Bucarest pour présenter à Limoux les rituels d’hiver de Roumanie. C’est dans une ancienne salle d’audience du tribunal réaffecté qu’ils ont disposé d’anciens masques funéraires. Faits de «bois saints», chêne, sapin ou hêtre, ces masques portés à la veillée funèbre évoquent les ancêtres aux visages transfigurés par la mort

«En Moldavie, on ne pratique pas le carnaval comme ici, explique Paula Popoiu, directrice du Musée du Village National Roumain, mais on a des rituels qui y ressemblent : des jeux et des chants célèbrent la fertilité et marquent le passage de la vieille à la nouvelle année».

Paul Buta, artisan qui fabrique des masques traditionnels se coiffe de l’un d’eux, à cheveux blancs et longue barbe noire, et mime une danse, les bras en l’air. La danse rituelle a disparu, les hommes qui s’en souviennent la pratiquent au nom du patrimoine.

Au cours du voyage des Roumains, un passager a été entouré de grands soins : l’ours. Pompon au front et fanfreluches aux oreilles, il symbolise la renaissance et la santé dans la maison. Le même animal mythique est au centre des fêtes des Pyrénées Orientales, le mois prochain.

Pierre MATHIEU

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